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Un pêcheur nommé Claude

"Les pêcheurs de lune ne font de la pêche sous-marine que par les nuits sans lune pour pêcher des rêves dans les fonds sous-marins" (Pierre Dac, Les Pensées)

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Portalban. Il est 05h30 sur les bords du lac de Neuchâtel. Le jour se lève à peine. Je suis venue me joindre à Claude et son fils Cyrille, pêcheurs à Portalban depuis plusieurs générations. Quelque peu en avance, j’en profite pour m’imprégner des lieux. La lumière est belle, les nuages sont bas dans le ciel. Les hérons sont alignés sur la digue, le petit monde de l’eau s’éveille. Un grand gaillard costaud arrive, suivi d’un plus jeune.

 

Après un chaleureux accueil, nous nous équipons chaudement et glissons sans bruit loin du rivage. Les eaux sont calmes à l’abri du port, mais dès celui-ci dépassé, le vent se fait sentir et le bateau danse gaiement sur les vagues. Les rives sont belles depuis le lac. Tantôt le soleil perce à travers les nuages de pluie, tantôt la lumière douce du matin éclaire le Mont Vully. Nous arrivons à la première bouée. Nous commençons par remonter les nasses qui reposent entre 12 et 20 mètres. Claude pêche depuis 1980. Il m’explique qu’à cette profondeur les nasses sont pour les perches. Du 15 avril au 1er juin, sur le lac de Neuchâtel, seulement 4 nasses au lieu de 10 sont autorisées à cause de la fraie. C’est Claude qui a construit ces nasses il y a 30 ans.

Nous naviguons à présent en direction de La Motte pour lever les trois filets qui sont immergés par 40-50 mètres de fond. Ce sont les bondelles qui se prennent dans les mailles. Le courant rend la remontée des filets difficile. La pluie s’est invitée, mais ne dure que quelques minutes. « Depuis 2017, dernière année de bonne pêche, celle de ce jour est une bonne pêche pour une mauvaise année. Je lui demande quelle en est la raison. « La surpêche du cormoran me répond-il sans hésiter ! » Les pêcheurs ne prennent pas le poisson immature, afin qu’il ait une chance de se reproduire. Le cormoran, lui, ne fait pas la différence ». Il y a à ce jour 1’200 couples de cormorans sur le lac de Neuchâtel. Ils feront chacun trois petits. Les cormorans mangent entre 500 et 700 gr de poisson par jour. Calculez le nombre de poissons pêchés par ces oiseaux quotidiennement ! Un autre phénomène est la grande propreté du lac. Les nitrates et les phosphates constituent une part essentielle de la nourriture du plancton. Or il y a de moins en moins de ces composants dans le lac. L’eau est très claire, ce qui permet aux rayons du soleil de pénétrer plus profondément, favorisant le développement des algues. Il y a moins de plancton donc moins de nourriture pour le poisson qui reste petit (une perche de 3 ans mesurait 21cm dans les années 80. Elle ne fait plus que 15cm de nos jours).

 

Lorsque Claude a commencé son métier, ils étaient 15 pêcheurs à Portalban, qui était le plus gros spot de pêche sur le lac, contre 4 aujourd’hui et 80 sur le lac de Neuchâtel. Ils ne sont plus que 31.

 

Ce jour, la pêche n’est pas abondante. Un demi-cageot pour les bondelles et à peine plus pour les perches ! Malheureusement pas assez pour aller faire le marché de Neuchâtel ce samedi…. Claude vendra ces poissons du jour à des particuliers.

 

De nombreux goélands entourent à présent le bateau, se perchent sur le mat, volent au ras de l’eau en attente de quelques poissons que Claude et Cyrille jetteront par- dessus bord. Avant de rentrer au port, Cyrille vide les poissons pendant que Claude nettoie le bateau. J’observe en silence ces deux gaillard nés les pieds dans le lac et savoure chaque instant de cette immersion dans le métier de pêcheur.

Le lac moutonne à présent. Cyrille prend les commandes et nous ramène au port. Une fois à terre, les poissons sont écaillés, les bondelles recouvertes de glace et les perches coupées en filets. La maman de Claude, 80 ans et toujours bien vaillante, vient donner un coup de main.

 

C’est l’heure du petit déjeuner. Les anecdotes vont bon train durant ce moment de détente. Comme celle de l’arrière-grand-père, qui fut le premier à mettre un moteur sur son chaland. Hélas il fit naufrage et quelques jours plus tard il mourût d’une pneumonie. Les bois du chaland qui purent être récupérés servirent à construire le ponton qui mène au bateau de Claude !

 

Je quitte mes deux hôtes en fin de matinée. Quelle magnifique expérience ! Merci Claude et Cyrille pour ce beau partage !

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